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Prévoyance: comment redonner confiance à la jeunesse

24 septembre 2018, José Agrelo

Selon la dernière édition du Baromètre de la jeunesse du Credit Suisse, la prévoyance vieillesse préoccupe de plus en plus les 16-25 ans, loin devant toute autre thématique. Que faut-il y voir? Le signe d’une jeunesse consciente de ses responsabilités et s’interrogeant sur un enjeu de société important alors qu’elle n’est pas entrée sur le marché du travail? Un excès de pessimisme alimenté par les peurs véhiculées dans de nombreux débats trop souvent dogmatiques liés à la prévoyance?

Dans un cas comme dans l’autre, en tant qu’acteur important, nous devons apporter des réponses qui soient un moteur pour faire avancer les choses.

Pour se développer pleinement, la jeunesse a notamment besoin de repères, de sens, de confiance et de stabilité.

Il faut admettre que la population vieillit et que l’espérance de vie augmente. Mais grâce à un système de prévoyance vieillesse mixte basé sur trois piliers avec des systèmes de financement différents (répartition et capitalisation), un taux d’endettement fédéral, cantonal et communal des plus bas et une politique fiscale modérée, la Suisse est reconnue par l’OCDE comme l’un des pays les mieux armés pour y faire face.

La prévoyance professionnelle en Suisse représente plus de 900 milliards de francs, soit un montant largement supérieur à son produit intérieur brut. Ce système a permis et permettra de capter au mieux la création de la richesse mondiale, et donc d’améliorer de manière importante les rentes des assurés. A titre d’exemple, ces dernières années, la CIEPP a réalisé une performance moyenne sur la fortune gérée de 6,18% (5 ans), 4,06% (10 ans en y incluant la crise de 2008) et plus de 5% depuis l’introduction de la LPP! Les taux d’intérêt distribués ont été largement supérieurs à l’inflation ou à la croissance des salaires. Cela a permis d’améliorer significativement les prestations de tous, malgré la crise de 2008.

Des crises financières majeures, il y en aura encore. C’est un cycle et nous nous y préparons comme nous étions préparés à la précédente. La chance des institutions de prévoyance, c’est de travailler sur le long terme, et nous ne devons pas l’oublier.

Alors comment préserver la force du système et redonner confiance? Trois points sont essentiels: informer, simplifier et solidarité.

Informer

On ne peut pas aimer ce qu’on ne comprend pas. Il est nécessaire de vulgariser notre système des trois piliers et d’expliquer ses mécanismes pour que la population puisse mieux comprendre les enjeux. Pourquoi ne pas lancer une grande opération de communication à l’échelle suisse, en dehors de tout calendrier politique? On pourrait imaginer une communication annuelle comme un rendez-vous privilégié avec la population. En Suède, le célèbre livret orange créé en 1999 a été un outil de communication indispensable pour expliquer à la population la nécessité de réformer le système de retraite. Encore publiée chaque année, l’Orange Envelope est attendue avec impatience par les Suédois.

A titre d’exemple, il est nécessaire d’expliquer aux citoyens que le versement d’un taux d’intérêt sur l’avoir accumulé de 2% alors que l’inflation ou la croissance des salaires est de 1% augmente les prestations de prévoyance.

Simplifier

Il faut retrouver de la simplicité. A force de vouloir utiliser le 2e pilier pour régler bon nombre de problèmes sociétaux (encouragement à la propriété, divorce, etc.), on finit par perdre l’objectif initial qui est simplement de verser des prestations de vieillesse, survivants et décès. Par contre, on a oublié de prendre en compte d’autres enjeux tels que le travail à temps partiel ou l’évolution des formes de travail. Aujourd’hui le travail à temps partiel, dans le 2e pilier obligatoire, n’est pas encore réglé!

Solidarité

Enfin, notre système de prévoyance repose sur des bases avant-gardistes. Il est un savant équilibre mélangeant solidarité, sécurité et bénéfice pour l’intégralité des acteurs; c’est un élément majeur de notre paix sociale. Toute tentative de privilégier l’un de ces éléments au détriment de l’intérêt commun n’a pas sa place dans une adaptation du système.

Pour conclure, nous devons prêter attention à la politisation du 2e pilier. Dépolitiser le taux de conversion, le taux d’intérêt minimum LPP: la thématique est à nouveau d’actualité après le refus de Prévoyance 2020. Dernier épisode en date, la détermination du taux d’intérêt minimum LPP pour l’année 2019. La Commission LPP a proposé 0,75%, les positions des partenaires sociaux s’échelonnaient entre 0,25% et 1,25%. Comment maintenir la crédibilité du système avec de tels extrêmes?

Notre système de prévoyance est une question d’équilibre. Il est plus solide qu’on ne le dit. Apprenons à mieux en témoigner et donnons l’envie à la jeunesse de participer à l’évolution du système!

Article paru dans "le Temps", le 24 septembre 2018